Trésors de la Renaissance

Le musée Condé abrite la bibliothèque exceptionnelle réunie par Henri d’Orléans, duc d’Aumale, l’un des plus grands bibliophiles de son temps. En 1830, Aumale reçoit en héritage les biens du dernier prince de Bourbon-Condé et devient ainsi propriétaire à la fois du château de Chantilly et d’une collection de manuscrits dont l’origine remonte aux Montmorency. Exilé en Angleterre à partir de 1848, il se consacre à enrichir cette collection et réunit, avec passion, durant la seconde moitié du xixe siècle, un ensemble de livres exceptionnels par leurs contenus, leurs décors et leurs provenances.

De retour en France en 1871, il fait reconstruire le château de Chantilly et y aménage, pour ses 20 000 livres les plus rares, un cabinet resté intact. C’est dans ce cadre prestigieux qu’est présentée une sélection d’ouvrages remarquables, permettant de décliner le thème du livre au féminin. Les collections du duc d’Aumale sont une source exceptionnelle pour percevoir l’évolution du goût pour les livres dans les familles princières du xve au xixe siècle et plus particulièrement durant la Renaissance. À l’occasion de l’exposition La Joconde nue qui célèbre un certain idéal de beauté féminine, le cabinet des livres met en lumière un autre idéal, celui du savoir chez les femmes.

Les cinquante ouvrages présentés évoquent le difficile accès à la vie intellectuelle des femmes de la Renaissance (1400-1600) ainsi que l’apport essentiel de certaines d’entre elles à la civilisation du livre. Autrices, épistolières, libraires, bibliophiles, éducatrices, inspiratrices ou dédicataires, les femmes réunissent souvent plusieurs rôles dans un seul livre. Si elles ont autrefois fortement contribué à l’élaboration, à la conservation et à l’utilisation des livres, les ouvrages exposés disent aujourd’hui beaucoup de leur culture, de leur image et de leur condition.

Au xvie siècle, la femme lettrée, célébrée pour sa beauté féminine et louée pour son esprit d’homme, est perçue comme un prodige par les humanistes. Les poétesses Pernette du Guillet ou Louise Labé à la réputation controversée de courtisane, sont peut-être des mystifications littéraires. D’autres comme Christine de Pizan (1364-1430 ?) à l’aube de la Renaissance ou Hélisenne de Crenne (1510-1560 ?) sont des femmes talentueuses bien réelles, en guerre contre le mépris affiché de l’époque à l’égard de leur sexe.


La bibliothèque du musée Condé propose, à travers les livres, une galerie de portraits de grandes lectrices. Femmes de lettres, femmes de savoir, femmes de pouvoir et d’influence, certaines ont trouvé parfois une place d’égale face aux hommes : Louise de Savoie, Marguerite de Navarre, Catherine de Médicis, Diane de Poitiers ou Marguerite d’Autriche se distinguent par des lectures raffinées ou des écrits marquants. D’autres femmes moins connues témoignent toutes d’une culture diversifiée comme Catherine de Coëtivy (vers 1460-1529), nièce de Louis XI, dont le musée Condé abrite une bibliothèque de plus de quarante ouvrages portant une belle devise : « Là demeure ».

 

Commissariat 

Marie-Pierre Dion, conservateur général des bibliothèques, responsable
de la bibliothèque et des archives du musée Condé

 

Informations pratiques

Lieu : Cabinet des Livres du château

Exposition incluse dans le billet Domaine sans supplément